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Le système NSA n°1
Des milliards de données pour quoi faire ?

Pendant presque la moitié de l'année 2013, les révélations sur la NSA ont nourri une actualité ininterrompue. Il est possible que Snowden ait encore conservé quelques diapositives de ces présentations Powerpoint avec lesquelles les agent de la National Security Agency essayaient de se représenter la complexité de leur propre système (et il n'est pas certain qu'il y aient réussi). Certes, on ne peut exclure d'autres découvertes sensationnelles en 2014 ; mais que pourraient-ils faire de plus, eux qui piratent les câbles et les ordinateurs, qui géolocalisent et pénètrent les téléphones portables, possèdent nos données et nos métadonnées, s'allient aux services amis et espionnent leurs gouvernants, ouvrent des "portes de derrière" chez les fournisseurs d'accès et les opérateurs, sont des milliers et dépensent des milliards, combinent les moyens d'une hyperpuissance et les ruses d'équipes de hackers, prospèrent sous Bush et Obama, surveillent le monde et bénéficient de l'indulgence de leurs dirigeants ?

La comparaison avec Big Brother est sans cesse évoquée, mais dans le roman d'Orwell, le dictateur surveille les citoyens à travers un télécran et chacun sait que cet écran est à la fois le lieu d'apparition du chef qui ordonne et le moyen de s'assurer qu'il est obéi.
Le Panoptique de J. Bentham popularisé par Foucault est également souvent cité à propos du système de la NSA, mais là encore, l'image d'un observateur unique qui peut observer chaque sujet sans qu'il le voie (mais en le sachant parfaitement, ce qui l'incite à se contrôler en permanence). Si de telles métaphores sont littérairement ou moralement intéressantes, elles ne décrivent pas vraiment un système qui est sensé fonctionner à notre insu et qui sert moins à savoir pour mieux réprimer ce qu'on fait ou dit des "crimepenseurs" ou des délinquants, qu'à prédire et contrôler des comportements pour gérer des risques. Le système NSA ne sert pas à terrifier par un message unilatéral ni à obtenir l'obéissance de citoyens silencieux ou transformés en perroquets ; il fonctionne dans une société où des milliards d'individus sont connectés entre eux et ne cessent de s'exprimer. Et plus il y a de milliards de données qui circulent, plus la NSA est supposée s'approcher du paradis de la "total information awareness", la connaissance totale de toutes les tendances et dangers. Ce qui est faux, bien entendu.

Car la plus grande inconnue du système NSA est son efficacité.
Officiellement, il s'agit de prévoir des actes terroristes. Si c'est le cas, le bilan (pour un budget annuel de dix milliards de dollars) représente le pire retour sur investissement de l'Histoire de l'économie. Même les plus ardents défenseurs de la NSA parlent de "quelques" attentats qui auraient ainsi été empêchés et ne peuvent pas prouver que ce soit grâce aux interceptions seules et sans intervention du facteur humain. Dans tous les cas, le bilan de treize ans de lutte anti-terroriste par interception et traitement des données n'est pas éblouissant.

Mais même les moins antiaméricains ont quand même un petit soupçon que tout ce bazar pourrait servir à autre chose. Et que, dans la continuité du système Echelon découvert dans les années 90, et qui convertissait des moyens d'interception initialement destinés à la lutte contre l'URSS en moyens d'espionnage économique, tout cela pourrait avoir un rapport avec ledit espionnage économique.
D'où l'intérêt de se pencher sur les rapports entre l'appareil d'espionnage d'État et les entreprises, en particulier celles dont l'activité détermine le fonctionnement du Net.
Ce que nous aborderons dans les articles suivants.

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