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Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Pouvoirs et information
Espionnage électronique de la France
Le rythme des révélations sur la NSA semble devenir quotidien. Après les dossiers sur les données téléphoniques ou informatiques collectées par millions voire par milliards, donc susceptibles de concerner chacun d'entre nous, voici de l'espionnage plus ciblé et plus "traditionnel"  puisqu'il concerne des diplomates.
La fournée du jour fournie par Snowden est un bref mémo technique expliquant comment infiltrer les ordinateurs ou contrôler les écrans ou les dispositifs de visioconférence des membres de délégations.
Sur le plan technique, même si la NSA crée ses propres dispositifs avec ses propres nom codes pour perfectionner ses moyens d'espionnage, cela ressemble globalement à du hacking : faire pénétrer clandestinement dans l'appareil qu'utilise la cible, ou installer sur un point de circulation de ses données un logiciel ou une s balise qui vous retransmet des données confidentielles. 
Si tout cela semble très sophistiqué, il s'agit d'une version contemporaine du bon vieux micro caché dans une lampe du temps de la guerre froide. Le but est d'intercepter des conversations de diplomates pour connaître leurs instructions, donc la réelle stratégie de leurs gouvernements. Cela permet d'avoir un coup d'avance dans des négociations internationales et de tricher en sachant ce que va jouer le partenaire. Cela ne fait que confirmer le fait que des organisations internationales dont l'Union Européenne étaient espionnés par ou au profit de la NSA comme on le savait déjà depuis quelques semaines. À ajouter donc au dossier des "Big Data", - ces messages, métadonnées, ou éléments de profilage des usagers, que la NSA prélève aussi bien "en route" sur les câbles de fibre optique, ou "chez le fournisseur" (opérateurs, routeurs, plates-formes) qu'à la source, dans votre appareil-.
Du coup, et comme il est impossible de feindre d'ignorer que nos ambassades sont sous écoute,  voilà les autorités françaises obligées de marquer le coup. D'autant qu'en pleine période de division de la majorité présidentielle, au moment où le gouvernement peut espérer clore l'affaire Leonarda, rassembler son camp sur un thème incontestable n'est pas la chose la plus stupide qu'il puisse faire. Seuls les mauvais esprits se rappelleront qu'au début de l'affaire le président avait déjà déclaré que si les affirmations de Snowden étaient vraies, ce serait "intolérable" et réclamé des explications. Mais c'était avant l'affaire syrienne.
Laurent Fabius convoque l'ambassadeur américain et fait les gros yeux à John Kerry. Mais qui peut sérieusement penser que les États-Unis, effrayés, vont renoncer à leur gigantesque dispositif de surveillance. Et pourquoi pas mettre au chômage les 40.000 employés de la N.S.A. ?  Le général Keith Alexander qui dirige, on ne le répétera jamais assez à la fois la NSA (volant espionnage) et le Cybercommand (version défense contre les cyberattaques) n'a guère à se soucier des mouvements d'humeur des petits frenchies.
Et comme une réaction européenne est improbable (notamment de pays comme le Royaume Uni  qui aident les cousins américains à nous espionner)... Et comme l'administration Obama nie la chose tandis que la presse américaine ironise sur nos indignations de bigotes découvrant le péché...
Dernière minute : on respire ! Madame Villaud-Belkacem annonce que les deux présidents se sont "mis d'accord sur le fait que les opérations de collecte des renseignements devaient être encadrées, que cet encadrement, pour être efficace, [devait] se faire notamment dans un cadre bilatéral". François Hollande aurait donc obtenu "une coopération bilatérale" enter nos services de renseignement. L'écouteur concédant quelques miettes à l'écouté et l'espion prodiguant des conseils à l'espionné : magnifique victoire de la fermeté diplomatique de notre pays !


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