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Bachar menace
La France comme cible privilégiée

Dans son interview de lundi au Figaro, Bachar  al-Assad, le machiavélien, le roi du ni-ni et du "si, alors peut-être",  manie à merveille sous-entendu et demi-aveux  pour envoyer un message au final très clair à la France. En cela, les maladresses de François Hollande, parti fleur au fusil pour se faire triplement piéger 1 par son isolement européen, 2 par la reculade d'Obama et 3 par le pataquès de politique intérieure servent à merveille Damas.



Sans jamais avouer formellement qu'il possède des armes chimiques (surtout dans les quantités monstrueuses que suggèrent les rapports  déclassifiés du renseignement français) Bachar affirme



- d'une part que nous n'en avons aucune preuve irréfutable, sinon nous les aurions produites en grande pompe (un argument auquel ne sont pas insensibles les populations arabes)



- et d'autre part que lui n'avait aucun intérêt à le faire quand et là où il est accusé de l'avoir fait (ne serait-ce que pour la sécurité de ses propres soldats ou ses propres partisans). Mais l'essentiel de ce déni (qui n'exclut en aucune façon qu'il ne puisse employer des armes de destruction massive demain) se trouve ailleurs.



La thèse de Bachar repose sur deux thèmes :



- l'argument de l'Apocalypse : vous allez, comme il le répète, mettre le feu aux poudres et nul ne peut mesurer les conséquences. Ce sera bien pire que l'Irak et l'Afghanistan



- l'argument de la manipulation : ceux qui en profiteront seront les jihadistes sunnites qui sont l'essentiel de l'opposition syrienne (80 à 900%, dit-il) et les chefs d'orchestre sont la Qatar et l'Arabie saoudite. Au final, le grand gagnant sera le terrorisme que les Occidentaux prétendent combattre.



Mais l'essentiel est surtout la façon dont le président syrien dessine la carte des amis et des ennemis et suggère, sans rien dire explicitement une échelle des peines et châtiments.



Les amis sont évidemment le Hezbollah et l'Iran dont Bachar laisse entendre qu'ils réagiront violemment même s'il ne veut pas appeler à leur place.



Parmi les ennemis :



La Jordanie qui a laissé passer un moment des terroristes semble revenir à la raison, ce qui n'est pas le cas de la Turquie. Cette dernière participerait bien à une opération anti-syrienne, mais on imagine mal les Américains laissant faire un pays du théâtre d'opération.



Le Royaume-uni est peut-être sur la voie de la repentance.



Israël ? Certes, Bacahr n'exclut pas de frapper l'État hébreu, histoire de faire monter un peu la panique, mais ce n'est pas l'acteur essentiel.



Les USA ? Oui, bien sûr, mais dans cette affaire, ils sont plutôt manipulés par les vrais responsables. Obama est qualifié d'homme faible, mené par des lobbies et reproduisant à son insu la politique de Gribouille de G. W. Bush : des guerres sans fin que ne gagnent jamais les États-Unis et qui aggravent le désordre du monde.



Les ennemis ultimes ce sont donc l'Arabie saoudite et, surtout, le Qatar désigné comme le chef d'orchestre du terrorisme international, ou au moins, comme son grand complice.



Mais le meilleur du meilleur est réservé à la France pays dont la politique même au moment du rapprochement de 2008 était pour lui commandée par les Américains ou les Qataris.



Notre pays serait donc complètement égaré et finirait par favoriser le camp des Mohamed Merah ou des jihadistes qu'il combat au Mali. De là à comprendre que nous avons un profil parfait de cible symbolique pour la rétorsion il n'y a qu'un pas.



La posture éthico-fanfarone de Hollande - des frappes symboliques afin d'infliger une bonne leçon à Bachar mais sans le renverser, seuls,  sans même s'appuyer l'équivalent de la résolution 1773 pour la Libye - fait de notre pays la cible idéale pour envoyer un message à la communauté internationale : voyez ce qui arrive à ce pays isolé.



Le problème est que, sauf refus du Congrès américain qui porterait ainsi la responsabilité de la reculade, nous ne pouvons pas ne pas frapper. Perdre la face, décrédibiliser ses propres menaces et montrer sa faiblesse sont les pires choses que l'on puisse faire en géopolitique.



S'il y a des frappes "symboliques" - et c'est le plus probable -, il faudra donc résoudre une double difficulté (outre la haine anti-française qui se déchaînera dans le monde chiite et au-delà) :



- doser le message : ni ridicule (quelques trous dans une piste d'atterrissage), ni criminel (trop de victimes civiles)



- assumer le risque de rétorsion en espérant être meilleurs pour empêcher les attentats manipulés par la Syrie que nous l'avons été dans les année 80.


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