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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Affrontements, stratégies et images
Frappes symboliques

Barack Obama dans sa déclaration de Samedi après-midi vient d'établir une ligne claire :



- il tient la responsabilité du régime de Damas dans le gazage de milliers de gens pour assurée sur la foi du renseignement américain, et les éventuelles preuves qu'apporteraient les experts de l'Onu sont inutiles, comme d'ailleurs le vote de l'Onu et sans doute l'Onu elle-même



- l'Amérique frappera demain, ou dans une semaine ou dans un mois, mais il frappera. Ce seront des missiles, pas des troupes au sol.



- la présidence US agira pour punir une violation d'une convention internationale mais aussi pour éviter une prolifération dangereuse des ADM



- il faut envoyer un message fort au dictateur car ne rien faire serait un terrible encouragement



- mais, seconde grande décision : Obama demandera un vote du Congrès (contrairement soit dit en passant au Parlement français, qui, lui, ne votera pas). Ce qui veut dire en pratique : un retard de plusieurs jours.



Comment interpréter cette surprenante quête légitimité ? Comme une façon de temporiser ? Comme une très vague porte de sortie qui permettrait de ne pas perdre la face, au cas où ? Un "give war a chance" qui va déclencher dans les jours qui viennent une mobilisation générale de toutes les techniques pour vendre la guerre.



Et nous ? Sans les Britanniques, sans les Allemands, sans les Italiens, sans les autres Européens, sans preuve, sans vote, mais avec les Australiens et les gentils démocrates de la Ligue arabe, la France soudainement promue meilleur allié de l'Amérique sous un gouvernement de gauche semble plus décidée que jamais. La question des preuves étant réglée par avance, il faut y aller et vite,  nous dit-on assez. Le paradoxe est que ce soit l'Amérique qui oblige la France à temporiser.



Reste que faire la guerre consiste à tuer des gens pour un objectif politique. Quel sera le nôtre ? Punir ?



Le président nous ayant affirmé qu'il ne s'agit pas de renverser le gouvernement de Damas (au profit de qui ?) cela servirait donc à envoyer un "message fort" ("plus jamais ça !") aux utilisateurs d'armes de destruction massive. .



Puisque nous nous sommes suffisamment enfermés dans la dialectique du "on ne peut pas ne pas...", voire dans la rodomontade pour ne vraiment rien faire. Il faudra au minimum produire des images.



Comme Clinton envoyant des missiles contre le Soudan, l'Irak et l'Afghanistan à la fin des années 90 ? On en a vu l'efficacité. Comme Mitterand faisant tirer nos navires sur des positions supposées du Hezbollah dans la Bekka après le terrible attentat du Drakkar ? Cela provoquala grande terreur de quelques bergers. Et l'effet dissuasif de ces méthodes est plutôt douteux. On doute qu'une volée de Tomahawks change définitivement le rapport de force en Syrie. Ou que bombarder les gens les convainque en masse de se rallier à la fraction la plus démocrate et impeccablement correcte de l'opposition anti-Assad, celle que l'on rencontre sur le perron de l'Élysée.



Protéger les populations civiles ? Faire que Bachar (à supposer que ce soi lui qui ait donné l'ordre d'utilisation des ADM) en revienne aux anciennes méthodes : ce serait alors un grand avantage pour les civils de ne plus être gazés comme les 300 derniers, mais simplement déchiré par le fer et par le feu comme les 99.700 précédents



Le sens d'une frappe symbolique peut être de soulager nos consciences occidentales et de faire remonter des sondages, pour le moment guère n'en faveur de la guerre. Les opinions publiques semblent devenues rétives à cette rhétorique qui présentait les opérations d'Irak et d'Afghanistan comme menant à une sorte de paix kantienne au proche-orient. Et le terme "preuves certaines recueillies par nos agences d'intelligence" à perdu un peu de son pouvoir de persuasion!



Mais le symbole doit surtout être compris par celui qui reçoit et les missiles et les messages. À partir de combien de trous sur des pistes d'atterrissage, Bachar El Assad qui se sait promis au même sort qu'un Saddam ou un Kadhafi s'il est renversé, se convertira-t-il à la guerre propre ? À partir de combien de palais présidentiels ou de hangars pour tanks ( ah ! Les merveilleuses frappes ciblées sans dommages collatéraux), un crâne obtus d'autocrate s'ouvre-t-il à la nécessité de l'agir communicationnel cher à Habermas ? Promis à la corde ou au lynchage s'il perd, comme l'est Bachar, que feriez-vous à sa place ?



Deux options donc.



Soit les frappes symboliques sont plus symboliques que frappantes : elles fournissent de belles images à Paris Match et Jean-Marc Ayrault peut à nouveau surnommer son président "François Courage". Tant qu'aucun chiite vivant sous nos latitudes ne rejoue le scénario du Hezbollah 1985 sous Mitterand ( treize attentats dont celui de la rue de Rennes sur presque an, treize morts et trois cent blessés), l'affaire est jouable.



Soit les dommages sont assez considérables pour déclencher une vague profonde dans le monde chiitte et le conflit déborde. Donc avec de moins en moins de chances encore d'amener les parties à une table de négociation. Et notre président gagne le prix du croisé de l'année aux yeux de quelques millions de chiites.



Entre guerre spectacle et guerre sans fin, les interventions occidentales doivent se régler au millimètre. D'une part parce qu'il y a à payer le prix de tant de mensonges précédents  justifiant des interventions humanitaires. D'autre part, parce que le rapport de force planétaire à évolué. Nous les bons démocrates blancs et tolérants, armés de nos missiles et de nos droits de l'homme ne régissons plus la planète à notre gré.




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