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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
AL Qaeda, le retour ?
USA, Canada, Libye, Espagne..



Al Qaeda le retour ? Les bons esprits n'ont pas manqué d'être frappés par la quasi simultanéité d'attentats à Boston et de celui de Tripoli, plus 'une tentative déjouée au Canada, sans oublier l'arrestation de militants islamistes en Espagne. Et  les quatre cas donnèrent  l'occasion d'évoquer le spectre de l'organisation jihadiste. Les mauvais esprits, eux, ont été frappés que des dizaines de morts au Nigéria du fait du terrorisme ou en Irak au cours d'une période récente fassent cent fois moins de bruit à eux tous que les trois victimes de Boston.



Pour en revenir au jihadisme " sur cibles occidentales", il semble peu vraisemblable que cette coincidence ait été planifiée par un cerveau diabolique.



- Il y a de moins en moins de raisons de croire que les frères Tsarnaev soient liés à une structure très organisée (notamment d'après le déclarations du survivant) ; le choix de leur cible (un grand événement populaire quasi impossible à surveiller) explique qu'ils aient choisi la date du marathon de Boston, pas le contraire.



- L'idée que les deux suspects du Canada dont on ignore la nationalité et qui n'en étaient qu'au stade de la préparation puissent se rattacher à un groupe d'al Qaeda en Iran à suscité l'hilarité du ministre iranien Salehli. Vu ce que les salafistes pensent du chiisme et que démontrent de multiples attentats anti-chiites, notamment en Irak, et vu la tendresse dont Téhéran fait preuve à l'égard de activistes salafistes, le ministre peut se permettre d'ironiser. on se rappelle qu'il fut un temps où G.W. Bush cherchait à démontrer les liens de ben Laden avec Bagdad et Téhéran.



- Quant à l'attentat de Tripoli, réalisé avec des moyens "professionels" à une heure où il ne pouvait pas faire un maximum de morts, il ressemble singulièrement à un avertissement lié au vote du prolongement de la présence militaire française au Mali.



- Pour les suspects espagnols, un Algérien "recruteur d'Aqmi" et un Marocain de 52 ans, les services espagnols les décrivent de manière un peu contradictoire comme des "loups solitaires", ayant un profil "à la Merah", un peu paumés, mais ne même temps liés à une organisation. Le fait qu'ils aient été arrêtés maintenant, après une dizaine d'autres jihadistes depuis un an en Espagne à tout à voir avec l'agenda de la police et rien avec celui d'al Qaeda.





Bref il y a toutes les raisons de penser que les quatre événements n'on pas de lien direct entre eux, sinon les hasards du calendrier et le fait que, dans chacun des cas, les poseurs de bombes, vrais ou en puissance, auraient eu des liens avec des organisations qui auraient eu des liens avec al Qaeda.



En revanche que "l'affiliation" à al Qaeda résulte de l'interprétation des faits par la police, de l'allégeance purement formelle d'un groupe armé (Aqmi, une milice jihadiste libyenne ?), ou de l'évolution mentale de gens qui "s'autoradicalisaient sur Internet" suivant la formule désormais consacrée, la fascination du nom subsiste, et flatte notre préférence pour la figure de l'ennemi unique.



Qual Qaeda soit devenu un logo, une marque ou un drapeau dont tout un chacun se saisit, cela on le sait désormais et on l'a écrit des centaines de fois.



Mais cela n'est possible que parce que la "profession" de terroriste (au sens de certaines activités clandestines et de certains rapports avec un  "Nous" collectif dont on se réclame et pour lequel on est prêt à tuer et souvent à mourir) a profondément changé.





Autrefois (disons depuis la première guerre mondiale), devenir terroriste c'était :



- être idéologisé assez tôt



- rencontrer des gens proches de vous (même village, même usine, même section universitaire, même syndicat ou parti, même journal...) et partager de plus en plus leur doctrine structurée en allant à des réunions et en lisant.



- s'engager d'abord dans une action politique classique comme des manifestations avant de décider de passer à la lutte armée



- se faire recruter, recevoir des instructions, parfois prêter serment, avoir des chefs auquel le nouvau doit obéir (ou former son propre groupe avec ses pairs que l'on connaît bien dans les luttes)



- faire ses preuves un jour en accomplissant des tâches de plus en plus compliquées



- devenir éventuellement terroriste "à plein temps", professionnel, avec de faux papiers et des planques, etc.





Désormais, devenir terroriste jihadiste, au moins dans un pays occidental, c'est souvent :



- mener une première partie de sa vie soit bourgeoise et bien intégrée, soit aux franges de la délinquance, mais sans trop fréquenter les mosquées



- être considéré par ses voisins comme un type charmant et normal (seul quelques proches remarquant que "depuis quelques temps il avait changé, et parlait beaucoup plus de religion")



- se convertir au jihad, souvent à la suite d'un événement déclencheur, comme un massacre de musulmans appris par les médias, éventuellement à l'autre bout de la planète



- commencer une activité en ligne (qui renseignera beaucoup la police quand on sera arrêté)



- chercher des gens qui partagent la même conviction dans sa fratrie, chez ses amis d'enfance, mais aussi parfois s'accoquiner avec des gens qui n'ont pas la même nationalité d'origine que vous mais les mêmes convictions rencontrés presque par hasard



- parfois faire un voyage vers une terre de jihad pour recevoir de l'entraînement, des moyens, une affiliation, des instructions..., y échouer parfois



- choisir son groupe de référence comme un consommateur choisit sa marque



- passer brusquement à une action armée dure (gros attentat, bombe) qui aurait autrefois été réservée à des combattants d'élite



- se faire repérer assez vite soit avant l'attentat parce que vos communications ont été surveillées, soit après parce que des caméras vidéo vous ont repéré et que vous n'aviez pas prévu de plan d'exfiltration rapide.




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