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Géopolitique du cyberespace
Introduction à une table ronde au FIC 2013

Selon une des définitions les plus anciennes de la géopolitique (Rudolf Kjellen en 1905), ce serait une science de " l'État comme organisée géographique ou comme entité dans l'espace". Depuis, le terme de géopolitique à pris d'autres sens, les uns en faisant un quasi synonyme de "relations internationales", d'autres mettant l'accent sur les rivalités de pouvoir pour un territoire donc  sur la conflictualité inhérente à la notion même de territoire. Celui-ci suppose, en effets à coïncidence d'un espace physique et de sa représentation sémantique (ceci est la terre de mes ancêtres pour laquelle il faut parfois mourir,  cette zone relève de telle législation, ceci est un environnement dont je fais un usage privilégié, etc.) dont de potentielles rivalités d'occupation et d'interprétation.



C'est à partir de ces postulats (et de notions qui en découlent comme souveraineté, frontière, appropriation ou zone de compétence) que l'on a procédé jusqu'à présent dans les quatre espaces que sont la terre, la mer, l'air et la stratosphère...



Mais comment appliquer ces catégories à un cinquième espace que l'on dit volontiers virtuel, dématérialisé, incontrôlable, libéré des contraintes de temps (délai) et de l'espace (distance)... ?



Dans un des premiers livres sur cette question (géopolitique d'Internet), il y'a plus de dix ans, Solveig Godeluck en tirait trois hypothèses :



- En dépit de son statut virtuel d’espace formé par des informations circulant et convergeant, Internet dépend de structures matérielles, de tuyaux, de territoires contrôlés par des États, de zones physiques plus ou moins bien équipées, plus ou moins riches, de rapports d’inégalité et de puissance lisibles sur une carte. Tous les vecteurs, archives et matériaux que mobilise le fonctionnement d’Internet existent physiquement quelque part.



- Les conflits du monde réel se reproduisent ou se transposent dans l’infosphère Les acteurs étatiques, économiques (les marchands) et privés animés par une idéologie plus ou moins libertaire, ceux que l’auteur appelle les « colons » d’Internet (qu’ils considèrent comme la « Nouvelles Frontière ») s’y rencontrent, s’y concurrencent et s’y affrontent parfois selon des règles nouvelles. Sécurité, confidentialité, privatisation des droits immatériels, contrôle des contenus et des normes, autant d’enjeux de ces rivalités.



- Internet a permis l’émergence d’un « technopouvoir », notion empruntée à l’américain Tim Jordan. Le technopouvoir est exercé par une élite qui maîtrise les technologies, par ceux à qui nous déléguons la tâche de faire fonctionner en réseau les outils de mémoire, de pensée et de communication dont nous sommes dépendants. Éditeurs de logiciels, fournisseurs d’accès, producteurs de normes et protocoles, moteurs de recherche sont ainsi détenteurs d’un technopouvoir.





Support tangible (donc soumis à une législation territoriale et à des normes économiques dont celles des contrats et chartes des entreprises), possibilité toujours présente de la montée d'hostilité, transfert de pouvoir aux détenteurs des compétences techniques et aux acteurs économiques et techniques (comme par exemple Google qui mène sa propre diplomatie dans ses rapports avec les États) : le diagnostic n'était pas mauvais !



De fait, le cyberespace s'est révélé être un espace/milieu fait de relations et d'interfaces et qui unit :



- des choses (terminaux et tuyaux, vecteurs et surfaces d'inscription de données, machines et dispositifs...). Elles sont comme telles soumises à une autorité politique (nationale ou internationale) et à un régime de propriété. On notera que les deux peuvent susciter des rivalités d'autorité ou de compétence, comme lorsque le pouvoir d'une législation se heurte à l'autonomie des grands du Web, par nature transfrontaliers.



- des signes, images et messages, qui circulent et produisent un certain effet sur un cerveau humain qu'il s'agisse d'agir sur ses représentations cognitives (ce que chacun sait ou croit savoir de la réalité) ou affectives (y compris en déclenchant des passions révolutionnaires, par exemple).



- des codes (normes, protocoles, algorithmes..) qui ont été établis par des autorités techniques et permettent à tout ce qui précède de fonctionner ensemble et de tout connecter.



Chacune des trois dimensions du cyberespace pose la question de l'exercice de l'autorité ou de la violence d'une manière différente. Chacune nous oblige à penser stratégiquement et simultanément des rapports de puissance (qui possède et qui contrôle quoi), des rapports d'influence (qui sait ou croit quoi) et des rapports techniques ( la technique étant par définition ce qui peut s'approprier et se reproduire).




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