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Otages en Algérie : phase militaire et phase policière
La guerre du Mali n'est pas une guerre au terrorisme ou aux terroristes comme le dit souvent la communication officielle (anxieuse de ne pas prononcer le mot islamisme). C'est une guerre contre un adversaire au triple visage.
- À partir du moment où l'organisation Ansar-Dine profitant de la question touareg, renforcée par Aqmi (un groupe d'origine algérienne, s'il fallait le rappeler) et de Moagao s'est emparée du nord Mali, il faut parler de rébellion, de guerre civile, de séparatisme et plus seulement de terrorisme. Des gens qui occupent des villes, en chassent les forces de police et les autorités, y font régner leur terrible loi, mènent des négociations internationales, lancent des colonnes armées sur les routes pour conquérir le reste du pays, ces gens là ne sont plus de simples terroristes et moins encore simples criminels. Ceci est un jugement politique et non un jugement moral.
- En même temps,  nous sommes en présence de gangs ou de réseaux criminels internationaux. Nombre de groupes jihadistes de cette région vivent de trafics de drogue, d'armes ou de cigarettes (un des surnoms de Moktar ben Moktar dont la mouvance revendique l'action est "Monsieur Malboro"). Sans oublier leur business principal : les rançons d'otages qui les font vivre grassement. Vu l'économie de la région, ce n'est pas négligeable.
- Enfin, il s'agit certes aussi de groupes pratiquant le terrorisme, animés par une idéologie bien précise et qui utilisent la bombe voire l'attentat suicide ; ils prennent des otages pour demander la libération de leurs camarades et un sauf conduit pour une zone où ils seront en sécurité comme l'on fait de multiples groupes marxistes, anti-impérialistes ou internationalistes des années 70 ou 80. En tant que terroristes ces groupes mêlant plusieurs nationalités mènent une guerre de l'information sans frontières, y compris en s'adressant aux médias occidentaux et en utilisant les réseaux sociaux.
Cela signifie qu'il faut à la fois un traitement militaire, policier, diplomatique, politique et économique de ces groupes.
Que l'armée française soit en mesure de les battre en ras désert voire de les déloger des ville sans faire trop de dommages collatéraux, c'est très possible, même si nos forces restent singulièrement seules dans cette affaire.
Que l'on soit capable de reconstruire un Mali stable avec un gouvernement stable soutenu par les autres pays africains et ayant le contrôle de son territoire, bref un pays que nos troupes puissent quitter dans de bonnes conditions, c'est une autre affaire.
Mais, pour le moment, nous avons surtout un problème de prise d'otages dont la complexité rappelle les cas des J.O. de Munich, de la capture des représentants de l'Opep à Vienne par Carlos ou d'Entebbe, pour prendre des exemples dans une période que l'on croyait révolue. Et sans parler des cas de prises d'otages "de masse" par les islamistes tchétchènes qui se sont plutôt mal terminées...
 Le fait que cela se déroule aujourd'hui et sur le territoire du gouvernement algérien qui a certes l'habitude de traiter le terrorisme mais sans précautions humanistes excessives et qui ne semble pas très preneur d'assistance extérieure, n'est pas un élément simplificateur. La gestion simultanée d'une opération militaire et d'une opération policière n'aide évidemment pas non plus.
 Le choix qui s'offre aux autorités algériennes n'est pas des plus faciles. Lancer un assaut de l'équivalent local du GIGN sur un site économique hyper-sensible où il y a tant d'étrangers (avec une grande variété de comportements face au terrorisme de USA à la Norvège) c'est aller au massacre "à la Russe". Faire craquer des jihadistes munis de ceintures d'explosifs en leur parlant au téléphone est tout sauf évident. Et les laisser filer en voiture avec de précieux boucliers humains, c'est s'assurer que le cauchemar des enlèvements ne finira jamais.


PS Dernière minute. Les autorités algériennes ont choisi d'appliquer leur doctrine - ne pas négocier, agir vite et fort et accepter des pertes de vies humaines- avec un total mépris des sensibilités diplomatiques étrangères.

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