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Conférence à l'institut français d'Athènes
Interviews

Interview par Dimitrios Machairidis



DM Révolutions dans l’ère numérique : guerre des boutons ou vraies confrontations ?



FBH Pour le moment, il n'y a pas de cyberattentats ou de cyberguerre qui aient fait des morts, ni servi à conquérir ou à libérer des pays, même si des virus informatiques peuvent provoquer de redoutables dégâts économiques. En revanche, nous pouvons parier que les affrontements politiques ou géopolitiques mobiliseront de plus en plus des outils de communication numérique, ne serait-ce que pour conquérir l'opinion.



DM Répressions dans l’ère numérique : elles deviennent plus efficaces avec les moyens de la technologie?



FBH Plus efficaces en ce sens qu'il est plus facile de repérer les opposants qui laissent des traces numériques à chaque communication ou déplacement, plus facile de censurer ou d'infiltrer des réseaux contestataires, de submerger leurs messages... Mais les "faibles" peuvent inventer de contre-technologies, d'évasion, dissimuler leur identité, lancer des attaques informatiques contre l'État. Affaire d'algorithmes et d'inventivité. Bref, la technologie a redonné sa place à la stratégie, et, en stratégie, aucune victoire n'est jamais assurée, quel que soit le rapport de forces apparent.



DM Circulation des idées : la technologie la facilite ou elle est un des ses obstacles ?



FBH Distinguons. La technologie (l'édition numérique qui facilite l'édition, les réseaux qui permettent de se connecter d'individu à individu) implique la disponibilité absolue des idées. Y compris les plus répugnantes ou les plus stupides. Mais quand des millions d'affirmations, de discours ou d'idées sont en ligne, le vrai pouvoir n'est plus celui de s'exprimer, mais celui d'attirer l'attention. Par exemple d'être bien indexé par les moteurs de recherche, ou d'attirer la bienveillance d'un important réseau social qui vous recommande.



DM La révolution arabe : une révolution provoquée par l’ère numérique ou achevée ?



FBH Les outils numériques sont très utiles pour répandre des dénonciations et des slogans contre les autocrates, pour inciter les gens à descendre dans la rue, pour faire connaître une cause des médias internationaux... Mais ils ne provoquent pas les révolutions : une foule ne défie des hommes armés uniquement parce qu'elle a appris des choses scandaleuses sur Facebook, mais cela peut accélérer pu faciliter le processus. En revanche, quand il faut gagner des élections ou établir une autorité démocratique, c'est une autre affaire.



DM Elections présidentielles aux Etats-Unis : la bataille essentielle entre les deux candidats a été donnée dans la vie réelle ou parmi les social media ?



FBH Cette élection va coûter environ deux milliards de dollars en marketing politique. Pensez vous que les candidats dépenseraient ces sommes en spots télévisés ou en meetings s'il suffisait de tweeter pour gagner ?



DM Facebook, twitter, tumblr etc : ils nous font venir plus proche ou ils augmentent notre solitude ?



FBH. Ils ont créé un type nouveau de communautés : par écrans interposés et pour des intérêts partagés. Chacun y montre, y invente et y cache ce qu'il veut, il s'en retire à son gré. Cela n'empêche pas des passions très sincères mais avec en arrière-plan la loi du "quand je veux, comme je veux". Est-on moins seul quand on a 300 amis Facebook ?



DM E-books : évolution de la distribution des livres ou perte de pensée libre ?



FBH Le livre électronique n'a pas tué le livre sur papier (pas plus que la télévision n'a tué le cinéma, etc) : en fait, il ne s'est jamais autant imprimé de papier dans l'histoire de l'humanité. Le livre numérique est-il en soi favorable à une culture supérieure ? La forme est-elle indifférente au contenu ? Change-t-elle la perception du lecteur ? Si l'on peut trouver en ligne et gratuitement les plus grands chefs d'œuvre du passé (mais à la bibliothèque du coin aussi), je ne vois guère de différence entre ce que distribuent Kindle ou Amazon et ce qui se trouve dans un kiosque d'aéroport : des best-sellers faits pour un goût moyens façonné par les médias. Bien sûr, si vous écrivez un poème immortel, vous pouvez le mettre en ligne. Dans ce cas, votre chance de passer à la postérité, en concurrence avec des millions de texte en ligne, ne dépendra plus de la critique établie ou de quelques médias des élites, mais des moteurs de recherche ou d'une contagion numérique d'internaute à internaute.









INTERVIEW POUR GRÈCE-HEBDO







Q De quelles manières le web social affecte-t-il la circulation des idées politiques et des informations par rapport aux moyens classiques (médias traditionnels, partis politiques, think tanks…) ?



FBH Dans la mesure où les médias sociaux confèrent à chaque internaute des moyens de documentation et d’édition inimaginables il y a quinze ans, quasi gratuits, les facultés d’expression de ceux qui ne disposent ni de médias classique, ni des médiations d’organisations, ni de l’influence propre aux élites intellectuelles ou politiques ont évidemment explosé. Mais exprimer vos idées (admirables ou délirantes) ne sert guère si vous n’êtes repéré par aucun moteur de recherche ou si aucun réseau social ne transforme vos contenus en liens communautaires forts ni en appels à l’action. Le pouvoir d’émettre n’est rien sans celui de citer, de recommander, d’indexer, d’approuver, de commenter, etc qui est une émanation collective des réseaux.



2) Quels sont les enjeux pour l’espace public en termes de démocratie et de gouvernance soulevés par les nouvelles pratiques numériques ?



Les réseaux numériques sont de redoutables instruments d’opposition, surtout là où il n’existe pas d’espace public libre, pour propager des passions démocratiques, souder des communautés, organiser l’action « dans la vraie vie ». En revanche, l’expérience récente nous montre qu’ils sont moins adaptés au temps du vote, de l’élaboration de la loi, de l’exercice de l’autorité.



3) Pensez-vous que les transformations de l’espace public issues de l’essor du web social peuvent représenter un atout pour la promotion de l’image nationale, si oui comment ?



Dans tous les cas de nombreux gouvernements en sont persuadés, à commencer par les USA : ils développent des stratégies dites de « e-diplomatie » pour développer leur « soft power », et adresser directement à des populations étrangères un discours de justification ou de séduction. C’est la version « 2.0″ de la « diplomatie publique » de compétition idéologique durant Guerre Froide


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