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Mali : déjà la peur de l'afghanisation du conflit
Dieu, que la guerre du Mali est jolie ! Nos adversaires sont aussi répugnants que notre classe politique unanime.  François Hollande est en train de changer son image de marque : le perpétuel hésitant devient le chef de guerre qui n'a pas peur du sang quand c'est absolument nécessaire. Et la droite pourrait difficilement le critiquer de faire au Mali ce qu'elle a fait en Libye, mais ici à la demande d'un gouvernement légitime, menacé par les islamiste, et aux applaudissements du concert des nations, enchantées que la France fasse le sale boulot. À commencer par l'Europe dont il faut remarquer que le soutien est pour le moment singulièrement moral. Même l'Algérie ne proteste pas officiellement et laisse survoler son territoire. Au final, l'argument simple que nous ne pouvions pas ne pas le faire, et qu'un état jihadiste serait une catastrophe immense emporte les dernières réticences.
Du coup, le ministre des armées à même pu déclarer sans se faire tacler que la France faisait la guerre au terrorisme, ce qui est exactement de que disait Bush à propos de l'Irak et de l'Afghanistan et valut au président américain une solide réputation de gaffeur. Et tant que nos bombardements sont aussi efficaces que ceux des Américains en Afghanistan en Octobre 2011, tout va bien. Une belle guerre faite d'avion semble efficace lorsqu'il s'agit de frapper du ciel des gens qui roulent en pick-up dans le désert, loin de tout civil pouvant faire dommage collatéral des colonnes repérables comme des mouches sur du lait. C'est du moins ainsi que les médias représentent la chose le plus souvent.
Mais la difficulté d'une guerre, du moins pour les puissances occidentale, est surtout de la finir.
Pour éviter ce que certains appellent déjà l'afghanisation du conflit, il faut réunir plusieurs conditions :
 - Que l'on sache le but final du recours des armes et quel sera le critère du succès. Selon Laurent Fabius, il s'agirait à la fois de casser les forces Aqmi / Mogao / Ansar-Dine (ce qui est faisable mais demande un peu plus que de les chasser des villes), de passer le relais à une force africaine (ce qui est déjà délicat) et de laisser au final le pouvoir à un gouvernement malien crédible (ce qui est demanderait notamment de règles le problème touareg d'où tout est parti dans le Nord du pays). Vaste et long programme : or dans ce genre d'affaires le plus difficile est de repartir vite et la tête haute.
- Ne pas être seuls impliqués et pouvoir quitter le pays en laissant une administration qui fonctionne à peu près sans passer du statut de libérateur à celui d'occupant ne sont pas de petites affaires. La reconstruction de l'État malien demande plus que l'élimination d'une force militaire : celle d'une économie criminelle à laquelle participent largement les réseaux jihadistes, mais aussi de résoudre les question d'un pays aux frontières pour le moins poreuses, les séquelles du coup d'État militaire, la question de l'Anzawad, la situation humanitaire, etc.
- Que l'opinion française, pour le moment unanime, maintienne son soutien. Peu de gens croient le jihadistes puissent frapper sur le territoire national, même si Aqmi nous en menace depuis longtemps. Mais on ne peut exclure absolument l'hypothèse d'un attentat sur une cible française à l'étranger (la nouvelle tommbée â l'instant d'une prise d'otage par des islamistes sur un site pétrolier algérien donne à réfléchir) ou l'éventualité d'un imitateur de Mohamed Merah qui s'enflammerait pour cette nouvelle cause. 
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Surtout, nos huit otages au Mali représentent un moyen de pression sur l'opinion, sorte de poire pour la soif que leurs geôliers peuvent décider d'employer au moment opportun. Un problème qu'il deviendra de plus en plus difficile de résoudre avec une simple valise de billets. 
Au moment où nous écrivons les Shebab de Somalie, après avoir montré des photos mises en scène d'un soldat français mort, annoncent qu'ils vont exécuter l'otage Denis Alex que l'a disait déjà mort. En Somalie aussi il faut s'attendre à ce genre de manipulations.
En ce moment la communication officielle française est triomphale (hommage spectaculaire de la Nation à son premier mort sur le terrain, Hollande et Ayrault en majesté, désignation de l''ennemi comme terroriste criminel pour ne pas dire ennemi du genre humain, manifestations soulignées d'unanimité nationale). Mais combien de temps durera cette grande communion à l'épreuve d'une guerre plus longue et plus sale que prévu ?

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