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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Tentative d'attentat à New York
Jihadisme, amateurisme et loi des grands nombres

Mercredi, un jeune homme originaire du Bangladesh et se réclamant d'al Qaïda a tenté de faire sauter 45 kilos d'explosifs devant la réserve fédérale de New York. Il ne s'y était pas très bien pris puisque le complice qu'il avait recruté était du FBI et que, comme son prédécesseur marocain arrêté en février et qui voulait, lui, se faire sauter sur le parking du Capitole, il était sous surveillance depuis le début : le matériel qu'il utilisait, fourni par la police, ne pouvait pas fonctionner. Idem pour le jeune somalien naturalisé qui voulait utiliser un véhicule piégé dans l'Oregon en début d'année.



Depuis le onze septembre quinze attentats ont été déjoués à New York, plus d'autres sur le reste du territoire américain : dans beaucoup de cas, les suspects ont été vite repérés pour leur amateurisme et/ou des agents infiltrés les ont manipulés. Que l'on songe, par exemple à la très romanesque affaire de celui qui avait pénétré la branche yéménite d'al Qaïda pour se faire confier la bombe qui devait faire sauter un avion à destination des États-Unis en mai dernier.



Qu'en conclure ? Que onze ans de lutte antiterroriste n'ont pas amené les services américains à relâcher leur vigilance et que la probabilité d'un attentat sur le sol étatsunien reste très faible ? Certes, et c'est heureux. Même si le système n'est pas parfait : des loups solitaires, qui, par définition ne cherchent pas à recruter des complices ou à s'affilier à une organisation passent entre les mailles du filet. Le psychiatre Nidal Hassan repsonsable de la fusillade de fort Hood en 2009 qui sera bientôt jugé, ou encore l'auteur de l'attentat raté de Time Square en 2010 qui n'avait pas réussi à faire exploser sa voiture piégée en sont des exemples.



Le taux d'échec des solitaires reste très élevé, à la fois parce qu'ils ont rarement la "formation professionnelle" et parce que quelqu'un qui se réclame, à tort ou à raison, d'al Qaïda et commence à en parler autour de lui a de bonnes chances d'attirer l'attention d'un service de police. Ceci vaut aux USA ou ailleurs.



Le problème est qu'un taux de réussite de 100% n'existe jamais en ces domaines : soit les futurs terroristes apprendront à mieux se former en allant sur des terres de jihad, soit ils seront plus "doués" (après le massacre de Norvège, nous avions écrit qu'il pourrait y avoir un joue un "Breyvik islamique" et il y a eu Mohamed Merah), soit ils présenteront des profils plus atypiques qui attireront moins l'attention des services de police comme la cellule de Jérémie Louis-Sidney. Dans le cas de ces derniers, un groupuscule fonctionnant suivant le principe du "jihad des copains", encore faut-il signaler qu'ils commençaient à être repérés. Si leur chef est mort les armes à la main, leur unique "exploit" fut de lancer une grenade à plâtre (une action qui, dans les années 70, n'aurait pas fait dix lignes dans le Monde si elle n'avait pas eu un caractère antisémite).



Aucune loi réprimant la fréquentation des camps d'entraînement ou des sites Internet, aucune réforme des services de police ou aucune surveillance n'élimineront totalement ces initiatives parties de la base, décentralisées, non hiérarchiques sur le modèle des "révoltes sans chefs". Elles se nourrissent d'un ressentiment illimité - la croyance en une volonté occidentale de persécuter les musulmans et qui se manifesterait aussi bien en Palestine, avec des drones au Pakistan, par des films islamophobes aux USA..- et se satisfont d'une action sanglante et immédiate. Elles peuvent trouver partout des cibles d'un bâtiment officiel à Washington à l'épicier juif du coin de la rue.


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