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Robots démocrates
L'opinion réduite aux algorithmes

La tendance à utiliser des robots ou logiciels "influenceurs" pour créer l'impression sur les réseaux sociaux semble se développer, s'il faut en croire les informations de Kommersant du 27 aout 2012. Selon ce journal, les services russes auraient lancé un appel d'offre d'un  million de dollars afin de créer un système d'intervention dans la blogosphère et sur les réseaux sociaux par robots interposés. Une partie du programme consisterait, si la nouvelle est exacte, à diffuser des messages favorables aux intérêts de Moscou via des comptes d'utilisateurs existants ou même "virtuels", donc au nom d'internautes qui n'existent pas.

Dans d'autres pays comme la Syrie, le  vol d'identifiants et de codes de dissidents permet à la police de repérer ses adversaires, de lancer des provocations, de désorganiser. Décrédibiliser les vidéos de l'opposition, « défacer » ou saboter ses sites dissidents, piéger avec de fausses identités font aussi partie des pratiques de hackers pro-gouvernementaux. La Syrian Electronic Army attaque des médias étrangers favorables à l'opposition comme la télévision saoudienne al Arabyia.



Et dans les démocraties ? Cass Sunstein conseiller d'Obama avait suggéré en 2008 l'infiltration "cognitive" des groupes activistes en lignrépér proposition dénoncée par la revue libérale Salon.



Le Darpa (Defense Advanced Research Project Agencies) aurait dès 2008 lancé des programmes simulant le comportement des humains sur les réseaux : faux internautes, avec chacun un faux « passé » et une fausse identité propres. Trois ans plus tard, la même agence passait un appel d'offre  dit Social Media in Strategic Communication (SMISC  pour des « campagnes de persuasion et des opérations d'influence ». Ce programme doit servir àmeilleur savoir ce qui circule sur les réseaux sociaux là où l'armée US est engagée (une veille d'anticipation, en somme), mais aussi une stratégie d'influence. Des militaires y agiraient pour contrer des rumeurs ou répandre des opinions favorables aux intérêts des USA en empruntant l'identité de blogueurs ou des usagers locaux. Donc  :



- des outils d'analyse logicielle des opinions circulant sur les réseaux sociaux pour anticiper les courants d'opinion, leur tonalité, mais aussi les intentions de leurs auteurs (dont de présumés extrémistes),



- une action de persuasion contre  la « désinformation » ennemie ( c'est forcément l'autre qui désinformenous, nous informons même sous le masque !nous il s'agirait, selon la Darpa, de riposter aux complots adverses), mais dans ce type d'opérations psychologiques l'émetteur ne se présente pas sous sa vraie identité.



À rapprocher aussi du phénomène des hommes politiques ou des entreprises qui achètent des milliers de "followers" qui les " likent", les soutiennent ou contribuent à leur e-réputation, créant l'impression de puissants mouvements d'opinion en quelques algorithmes.



Nous avons célébré la formidable puissance démocratique des réseaux au moment du printemps arabe. Et si, demain, la réponse des autorités ne consistait pas à faire taire le peuple ou à changer son opinion par la propagande, mais à la remplacer par de robots ? Orwell n'y avait pas pensé.




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