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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Quel terrorisme jihadiste demain ?
Bonjour, voici un texte dans les 3000 signes. Titrez et intertitre à votre bon cœur.


Aux débuts du printemps arabe en 2011 avec l'enthousiasme pour ces blogueurs démocrates qui préféraient Facebook aux Kalachnikov, se répandit le thème de la fin du terrorisme. Face aux régimes autocratiques supposés indéboulonnables et qui nous avaient vendu l'argument du rempart contre al Qaeda, il n'y aurait plus une foule arabe réputée "passive" et une poignée de jihadistes, mais une vraie société civile. La contagion démocratique offrait une autre voie, en particulier aux jeunes que nous avions tendance à assimiler aux utilisateurs de Twitter.
Et comme l'exécution ciblée de ben Laden coïncidait presque et que l'Amérique se sentait prête  à tourner la page de la "guerre à la Terreur", l'optimisme fleurissait.
 Certes  dernière cassette de ben Laden, diffusée après sa mort célébrait le printemps arabe qui balayait des régimes  pro-occidentaux les plus hostiles au Jihad et  Zwahiri, son successeur, avait une vision presque "léniniste" de cette première révolution à approfondir. Mais n'était-ce pas une misérable tentative de récupération ?

Depuis, il a fallu revenir de quelques certitudes. Les révolutions soit échouaient, soit amenaient au pouvoir des forces islamistes - ce qui n'est pas synonyme de jihadistes - et qui travaillaient depuis des années, plus dans le quartiers que sur les réseaux sociaux.  Surtout la notion d'un terrorisme forcément monocéphale ne tient plus, même si la référence à al Qaeda apparaît dans le nom de groupes importants (al Qaeda pour le Maghreb islamiste, pour la péninsule arabique, etc.) : ils n'obéissent plus à une direction centrale ni ne mènent une action planétaire contre "l'ennemi lointain" occidental, surtout chez lui.. 

En revanche AQMI, Boko Haram, Mojao, les shebabs, Ansar Dîne et autres groupes territorialisés (même s'ils bougent sur une zone transfrontalière comme le Sahel), pratiquent à la fois les attentats suicide, affrontent des soldats ou des policiers de façon à l'arme automatique (et demain avec de missiles récupérés en Libye ?), sont de tous les trafics d'armes, de drogue ou de cigarettes de leurs régions,  prennent des otages, prétendent s'emparer de régions entières, passer des alliances... Cela ressemble plus à de la guérilla qu'à du terrorisme au sens classique.

Or ce terrorisme "classique" (comprenez : des attentats spectaculaires et symboliques par des groupes urbains clandestins) a toujours été pratiqué faute de mieux par ceux qui espéraient passer à la vraie guerre civile ou à l'authentique mouvement de masses. Les terroristes ne sont pas des gens qui pensent certaines choses mais qui font des choses qu'ils croient stratégiquement nécessaires et moralement justifiées. L'option militaire est ouverte dans nombre de pays du monde musulman, celle du mouvement légal pour prendre le pouvoir ou le radicaliser reste ouverte surtout en Tunisie et en Égypte. Pourquoi pratiquer la "guerre du faible", autre nom du terrorisme, là où l'on peut être fort demain ?  Mais qu'en Égypte, par exemple, l'armée réprime les frères musulmans et les  salafistes ou les privent de tout espoir d'avancée politique et un pratique terroriste de ressentiment pourrait réapparaître.


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