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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Affrontements, stratégies et images
Communication militaire d'influence et réseaux
La question de l'influence n'est pas neuve pour la réflexion militaire. Suivant les époques, et en cas de conflit, l'État qui veut mener une action d'influence peut, comme on l'a souvent évoqué ici :
- adopter la stratégie de la forteresse et empêcher les médias étrangers (suspects de propagande) de toucher sa population, en contrôlant ses frontières
- mener une campagne internationale dénonçant les atrocités ennemies et proclamant la justesse de sa cause selon une méthode déjà utilisée en 14-18
- pratiquer une "diplomatie publique" dans une situation de type guerre froide, notamment à travers des médias émettant vers le territoire de l'adversaire, pour contrer le discours idéologique.
- compter sur le "soft power" de ses industries culturelles pour séduire la planète
- s'efforcer de diriger des "flux d'attention" sur Internet vers des sources favorables à sa cause pour contrer l'effet ravageur de la "propagande d'atrocité" d'un ennemi irrégulier.
- Se doter de véritables structures d'influence diplomatiques ou militaires s'adressant à des populations étrangères
Ramenées à l'échelon du soldat sur le terrain - soldat qui, après tout, en démocratie, est censée lutter pour les objectifs que lui assigne le politique - le succès de l'influence est une question vitale. Surtout lorsque l'usage de la force ostensible peut être contre-productif que ce soit en termes de recrutement au profit du camp opposé, ou en termes de dégâts sur sa propre opinion publique.
L'opération n'est certainement pas aisée, y compris dans la mesure où elle exige du soldat un discours politique sur les buts de la guerre - qu'il dise qui il combat et au nom de quoi il le combat - sans se réfugier derrière la simple obéissance et la légitimité de l'autorité qui le commande. Il faut donc accepter l'idée que ce sont des visions du monde s'opposent, donc entrer dans un processus d'affrontement idéologique.
Il ne s'agit plus -plus seulement, ni classiquement - de faire céder la volonté adverse par la force.
Désarmer l'intention hostile, diminuer le nombre des ennemis de demain quitte parfois à moins en tuer aujourd'hui, décourager de recourir aux armes, si possible amener celui qui l'a déjà fait à y renoncer, diminuer l'impact de l'image de sa propre force... : ce ne sont pas des tâches faciles. Il se pourrait même que certaines soient contradictoires.
Du coup, la question des réseaux sociaux prend toute son importance, au moment où l'Otan se dote d'un département "Diplomatie publique" et où l'armée américaine prend soin de rebaptiser ses psyops "Military Information Support Operations" et lance ses "soldats de la persuasion" sur les réseaux.
Quiconque met le nez dans une documentation sur le sujet tombe sur des notions qui ont peu à voir avec l'ancien manuel du fantassin ; affaires publiques, audiences cibles, audiences collatérales, processus de création d'une image de marque, mandat de communication ou mise en récit (narrative) qui évoquent plus le vocabulaire du marketing que celui de Clausewitz.
Ajoutons ce facteur supplémentaire : une armée est composée de gens plutôt jeunes, donc plutôt génération jeux vidéos et Web 2.0, qu'il est peut-être possible de convaincre de mourir pour la patrie (ou pour le mandat humanitaire que leur confie une organisation internationale) mais qui ont des habitudes d'expression et de pratique des réseaux sociaux. Faut-il leur en interdire la pratique selon la doctrine de la Grande Muette et en vertu du principe que les informations qu'ils pourraient mettre à la disposition de n'importe qui sur Twitter ou Facebook pourraient renseigner l'ennemi et, éventuellement, donner des arguments à une critique domestique de l'action militaire ?
Chaque armée a répondu à sa façon à ses contraintes.

Ainsi, la Bundeswehr a vite adopté page Facebook, flux RSS et Twitters. L'armée britannique est également très présente sur les réseaux et donne une grande attention à la pédagogie de la sécurité.
L'US Army encourage la présence de ses soldats sur les médias sociaux (en autorisant l'accès depuis les ordinateurs militaires p.e.) avec un grand intérêt sinon pour le "storytelling", du moins pour les témoignages exprimant les valeurs de l'armée, l'expérience des combattant, la solidarité entre militaires… Elle ne néglige pas les règles de sécurité dans l'usage privé des médias sociaux (militaires et leur famille par exemple) pour ne pas laisser fuir d'informations sensibles, prévenir les vols d'identité... Le contrôle s'exerce a fortiori sur des expressions officielles (hiérarchie, corps, unités..) largement encouragée sous forme de blogs ou d'espaces de communication. Le tout suivant une démarche très pédagogique.
Après les militants, les militaires pourraient bien avoir à apprendre le pouvoir stratégique des réseaux sociaux.


À noter : la DICOD (service de communication de l'armée française) vient de publier un guide des réseaux sociaux pour ses militaires expliquant de façon très simple les précautions à respecter pour utiliser les médias sociaux sans courir de risques comme celui de transmettre des indications précieuses aux ennemis sur les manœuvres des troupes, par exemple.

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