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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Mohamed Merah, loup solitaire ?

Le cas Mohamed Merah - si la biographie qu'on en donne est exacte - n'est malheureusement pas aberrant. Au contraire, la multiplication des "loups solitaires" qui passent au jihad, soit seuls, soit avec une toute petite communauté de proches (comme un frère), se multiplient. Les spécialistes anglo-saxons du contre-terrorisme parlent des "homegrowns", littéralement des "indigènes", qui vivent en Occident, ne vivent pas forcément dans les pires conditions socio-économiques, ni ne sont nécessairement ultra-religieux depuis longtemps, et que rien ne les désigne extérieurement comme tels. En tout cas pas la fréquentation ostensible d'un prédicateur ultra ou d'une mosquée bien repérée. Certains ont eu un parcours criminel dans le droit commun, mais d'autres sont de parfaits citoyens.
C'est un phénomène connu depuis au moins six ans, avec les grands attentats de Londres et Madrid exécutés par des terroristes "home made" non repérables. Rappelons aussi que Anwar-al-Awlaki, l'imam radical né aux USA, Daniel Patrick Boyd, converti, qui avait monté une cellule en Caroline du Nord, "Jihad Jane" de son vrai nom C.R. Larose, Omar Hammami né en Alabama,  Malik Nidal Hassan le psychiatre de l'US Army qui tua treize personnes à fort Hood, comme l'auteur de l'attentat de Time Square ou celui qui s'est fait prendre récemment lors d'une tentative contre un parking, tous sont citoyens US.
Un jour, sans avoir franchi les étapes d'une apprentissage activiste, ni s'être fait remarquer, ils passent directement à la lutte armée, en tentant un attentat suicide, en plaçant une bombe (comme il y a eu plusieurs cas aux USA dont Shazad, qui avait manqué un attentat à Time Square) ou en tirant sur des ennemis de la religion.
Au sens technique, ils n'appartiennent pas à al Qaïda, et n'en ont peut-être jamais rencontré de membres. Certains se sont "auto-radicalisés" sur la Toile où ils rencontrent des proches idéologiques et où ils se confortent dans leur résolution. Ils font volontiers le voyage au Pakistan, en Afghanistan, au Yemen et en Somalie (le fameux tourisme terroriste) ou tentent de le faire pour y acquérir une formation technique. Ils n'y combattent pas forcément, voire sont accueillis avec suspicion par les talibans et autres mouhadjidines.


Dans le cas qui nous concerne, il semblerait que ce ne soit pas le cas et que Merah aurait été arrêté et emprisonné en Afghanistan avant de s'évader, ce qui signifierait qu'il est devenu un véritable dur ayant des contacts... Information à vérifier, bien entendu.

Le mécanisme qui les pousse est souvent aussi le même : l'indignation face aux crimes des "Juifs et des Croisés", identification aux victimes, adoption d'une obligation du talion (le prix du sang versé). Ils en passent assez logiquement (comprenez : dans leur logique délirante) à l'idée du jihad obligatoire sur fond de solidarité avec tous les autres musulmans persécutés.


Dans le cas de Merah, il s'agissait de faire payer pour les enfants massacrés en Palestine (bien que les écoliers juifs n'y aient rien eu à voir) ou pour les Afghans massacrés ou occupés (bien que les malheureux paras n'aient tué personne en Afghanistan). Merah, nous sommes prêts à le parier, était littéralement persuadé de faire une œuvre de justice contre des criminels de guerre. Selon l'expression du philosophe allemand Sloterdjik, ils viennent demander des comptes sur les banques de la colère.


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