huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Intelligence économique : du savoir à l'influence
Crise 1
La crise au-delà du risque

S'il est un mot que nous sommes certains d'entendre aux prochaines informations télévisées, c'est bien "crise"

. Comme s'il n'y avait de "nouvelles" que là où il y a rupture, dysfonctionnement et péril. La crise se présente à la fois comme obsession constante et référence universelle : elle n'épargne rien et explique tout. Elle est devenue notre routine

Elle suscite une insécurité générale subjective (parfois sans rapport avec le danger réel) mais nourrit aussi un discours pour qui nos options se limitent à des solutions obligatoires et à des mesures dont on ne comprend pas qu'elles n'aient été prises plus tôt. Surtout, la crise récurrente compromet toute velléité de planifier à long terme ou de gérer. Elle abolit aussi tout affrontement de valeurs, puisque nous sommes bien forcés de parer au pire, et d'espérer au mieux atténuer la catastrophe

qui attend nos descendants. Démoralisés par la crise (toute crise est une crise de confiance), nous sommes aussi gouvernés au nom de la crise ("c'est urgent et il n'y a pas d'alternative"). Comment raison garder ?

La crise est notre miroir

Dans son usage banal ou médiatique, qu'elle frappe un pays en guerre, un État en déclin, un système financier qui implose, une population irradiée, empoisonnée, ruinée, délogée, etc, une entreprise décriée..., qu'elle soit naturelle, industrielle, liée à la malveillance, la crise évoque à la fois :

- Le danger (une population ou une organisation va subir un préjudice qui peut s'aggraver demain).

- Le conflit (deux camps ou au moins deux interprétations de la réalité vont s'affronter et des griefs se révéleront).

- L'anomalie (le système ne fonctionne plus comme d'habitude, et son désordre s'accroît et son inefficacité  s'aggrave avec l'affolement). Suivant le mot de Marcel Mauss "La crise est un état dans lequel les choses irrégulières sont la règle et les choses régulières impossibles."

- La responsabilité : une société, une administration, un groupe, une technique, une idée, un homme va sans doute être mis en cause par l'opinion, au minimum pour n'avoir rien vu venir, ni rien empêché, au pire pour ses intentions. Une protection que l'on estimait garantie n'a pas été assurée. D'où cette perpétuelle remise cause de la confiance  qui devrait régner entre des consommateurs et leur marque, des citoyens et leur Etat ou leur classe politique, l’homme ordinaire et la science en général, des communautés et le projet d’avenir qu’elles se proposent...

Un cinquième élément surgit presque à chaque fois : la surprise rétrospective de notre inconscience. Qu'il s'agisse de la fusion de réacteurs atomiques, d'une bactérie tueuse ou du comportement sexuel aberrant d'un des maîtres du monde, dès le lendemain, des théories, souvent convaincantes, expliquent que l'on aurait pu et dû savoir et prévoir.

S'ajoute aussi le facteur temps : en cas de crise, les événements qui se sont produits hier de façon inopinée, se développent aujourd'hui très vite et ont de bonnes chances d'empirer demain, au-delà de notre contrôle. Le temps de la crise n'est pas celui de la gestion ou de la législation. Son obsession typique de notre époque nous renvoie à deux sentiments que croyait avoir balayés l'idéologie du Progrès : d'impuissance (paradoxale au vu de nos moyens) et d'incertitude croissante (inversement proportionnelle à notre puissance.

Nouveaux risques, culture, civilisation ou société du risque  : ces expressions renvoient à la fois à des faits objectifs (effet de serre, pollutions, terrorisme, désordres politiques, accidents technologiques, désordres informationnels, épuisement de ressources, contre-coups du progrès technologique et du développement économique, responsabilité à l'égard des générations suivantes) et à notre perception inquiète. L'aversion moderne au risque, le souci de prévenir les conduites individuelles dites à risque, de se garantir des catastrophes naturelles et de compenser les dangers technologiques aboutit au paradoxe : nous vivons globalement plus longtemps et dans de meilleures conditions tout en ayant de plus en plus peur pour l'avenir

.Quant à l'impuissance, elle se traduit par le contraste entre les ressources et connaissances théoriquement disponibles (anticipation, prévention, compensation, résilience...) et la façon dont réagissent des systèmes. Car la crise est bien plus que le risque (qui se réalise ou pas), elle est crise pour un organisme ou une organisation (d'une amibe à une multinationale) qui va y réagir et s'engager sur la voie de la panique et du déclin, ou au contraire rebondir, restaurer la confiance et se reconstruire. Cette réaction de l'organisation, qui se modifie elle-même, dépend de trois facteurs qui sont

- les moyens dont elle dispose,

- le temps de la crise (ancienneté des causes, rapidité des réactions au présent, développements ultérieurs)

- et l'information (celle que l'on aurait dû posséder, celle que l'on acquiert, celle que l'on communique, et le savoir : les leçons de l'expérience).

Dans chacun de ces facteurs, il y a des "choses qui dépendent de nous" et c'est sur cette part que nous pouvons espérer agir.

 

 Imprimer cette page