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Réseaux 3
De l'expression à l'action



Parole distribuée

Une première approche des réseaux sociaux les envisage comme des "outils de communication" ou "moyens d'expression" extraordinairement puissants. La conjonction du numérique et des facilités de circulation des messages ou de navigation permet en effet théoriquement à chacun d'émettre quasi gratuitement et instantanément un message que n'importe qui à l'autre bout du monde peut tout aussi théoriquement consulter.

De fait, les technologies dites Web 2.0 mettent à notre disposition gratuitement ou à très bas prix des moyens de messagerie et de publication inimaginables il y a dix ans. Le "e-journalisme" ou le journalisme citoyen, l'expression de soi et le témoignage en paroles ou en images sont incontestablement facilités.

Facilités au point que le problème n'est plus aujourd'hui de pouvoir dire ou montrer, mais d'attirer l'attention, par exemple d'être repéré par les moteurs de recherche ou cité, "retweeté", indexé, commenté, "liké", etc..
Nous assistons visiblement à un transfert dans les méthodes de sélection face à une information surabondante : de la classification sur le modèle catalogue ou de la recherche par mots clefs (ce qui fondait le fameux pouvoir des algorithmes de type Google) à des méthodes de recommandation directe (évaluation, vote, suggestion) et indirecte (liens, citations, classification…).
La question du "tous émetteurs, tous s'expriment " renvoie à celle de la maîtrise de flux d'attention.

Intrinsèquement démocratiques ?

Une autre approche insiste sur la nature participative, voire "démocratique" du réseau. Elle en souligne le caractère ouvert ou horizontal par contraste avec l'ancienne structure pyramidale d'autorité ou le mode de diffusion des mass media : le réseau permet à chaque membre non seulement de faire savoir, mais aussi d'interagir, voire de mener des projets communs en utilisant ce que l'on nomme déjà intelligence collective ou intelligence des foules.
La forme du réseau implique du partage due pouvoir. Les cyberdissidences et contestations en ligne montrent que ce pouvoir se dispute : affrontement de technologies dites "de libération" (il existe des réseaux orientés vers la lutte contre toute tentative de censure) et de contrôle et censure, impliquant des États, des ONG, des acteurs économiques et techniques, etc.

En amont, un réseau social s'ouvre à tous : un apprentissage minimal, des accès faciles, voire des terminaux qui, s'ils ne sont pas gratuits, deviennent de plus en plus accessibles, y compris sous leur forme nomade (le smart phone que chacun peut avoir sur lui).

Pendant l'échange, la structure réticulaire accessible de n'importe où est, à ce titre, difficile à couper ou censurer : elle permet une coopération à des degrés très divers.
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On peut évaluer, commenter, discuter, contribuer à un nuage de tags (qui lui-même aidera à l'indexation et pourra attirer d'autres), faire un "rétrolien", recommander, intégrer des éléments comme "curateur" en une sorte de revue de presse en ligne.
On peut aussi se concerter, voter, décider, propager des slogans ou des instructions, faire un cartographie ou une base de données en direct, collaborer à un texte.
Le degré de participation est extraordinairement variable, de l'intérêt presque distrait d'un "chat" sur un sujet à la mode jusqu'à l'engagement militant dans la "vraie vie", comme les révolutions du monde arabe, vite baptisées "2.0".

En aval, les contenus ont une vie propre : ils sont incessamment modifiés ou actualisés au cours d'un processus collectif d'adjonction critique et révision, mais ils sont aussi plus ou moins consultés ou repris et attirent des flux d'attention variables qui font le "buzz" et la "e-réputation". Parfois en interagissant avec les vieux médias.


À chacun de ces trois stades intervient une multitude de micro-décisions prises par des acteurs, au départ égaux et inconnus (jusqu'à ce que certains accèdent au statut de porte-paroles, de "e-ifluents" ou de blogueurs vedettes). Il y a aura d'ailleurs à discuter ce que recouvre le caractère apparemment égalitaire du réseau social et les réalités de pouvoir (pouvoir d'influence, de sélection, de direction de l'attention qu'elles recouvrent) qui subsistent.

Communautés

Enfin, il faut considérer que les réseaux sociaux ne servent pas seulement à faire savoir, mais aussi à faire corps et à faire faire.
Ce sont des outils de synchronisation de l'action, de coopération "dans la vraie vie" à la recherche des solutions collectives, voire de lutte, comme l'ont montré les récents événements dans le monde arabe, stratégie de rassemblement et de mise en scène reprise sous d'autres latitudes.

Une autre question serait celle de la capacité des réseaux de créer des identités collectives durables.
Les rassemblements dans le monde virtuel peuvent produire des changements dans le monde réel (au prix d'un incessant va-et-vient entre les deux formes de vie collective, messagerie et action dans la rue). Mais on peut se demander si leur efficacité s'étend au-delà d'une fonction de mobilisation et de contestation.



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