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L'armée américaine sur les réseaux sociaux
Gagner les cœurs et les esprits, version 2.0

Au cours des derniers mois, l'intérêt porté par l'armée US aux réseaux sociaux s'est trouvé sous les projecteurs en diverses occasions : 


- affrontement par messages électroniques interposés entre des talibans qui menaient une opération suicide à Kaboul et les Américains : les deux parties se twittaient des injures ou des défis pendant qu'elles utilisaient de vraies armes, dans la "vraie vie"


- recrutement de spécialistes des réseaux sociaux


- révélations journalistiques sur un logiciel réservé au Centcom : il devrait servir pour des opérations d'influence sur les réseaux ; elles seraient menées en empruntant de fausses identités ( un faux profil de blogueur musulman modéré, par exemple), ce qui n'a pas manqué de soulever des critiques


- utilisation par le Pentagone de techniques dites "culturomics" qui analysent l'intensité et la tonalité des Tweets échangés pour déceler des signaux faibles et anticiper des mouvements sociaux comme des révoltes dans un pays allié


- plus récemment, l'US Air Force a monté un projet dit de "Radar Social" : des instruments pour analyser, notamment sur les médias et les réseaux sociaux les tendances de l'opinion selon les pays et les cultures. Ainsi, le projet "Exploring Soft Power in Weblogistan" pour créer des outils d'analyse linguistique en Farsi et en Darsi, afin de surveiller le contenu des blogs et réseaux en ces langues, et, par là, les tendances émergentes de l'opinion dans des pays sensibles pour les États-Unis


L''US Army a décidé de jouer à fond les réseaux et encourage la présence de ses soldats sur les médias sociaux (en autorisant l'accès depuis les ordinateurs militaires p.e.).


Mieux : l'armée, non contente d'être présente sur Facebook, Twitter, Tumblr, You Tube et compagnie, encourage les soldat, les vétérans, les familles, les "patriotes" qui soutiennent leur soldats, etc, à utiliser au maximum les réseaux sociaux. Elle offre des manuels pour cela.


Elle développe un grand intérêt sinon pour le "storytelling", du moins pour les témoignages exprimant les valeurs de l'armée, l'expérience des combattants, la solidarité entre militaires…


Elle ne néglige pas les règles de sécurité dans l'usage privé des médias sociaux (militaires et leur famille par exemple) pour ne pas laisser fuir d'informations sensibles, prévenir les vols d'identité... Le contrôle s'exerce a fortiori sur des expressions officielles (hiérarchie, corps, unités..) largement encouragée sous forme de blogs ou d'espaces de communication. Le tout suivant une démarche très pédagogique.


Tout message émanant des forces armées relève de plusieurs critères :


- son contenu informatif pur, au sens où elle reflète avec plus ou moins d'exactitude des événements réels et donne des "nouvelles" comme un média (domaine où elle est en contact et presque en concurrence avec la presse)


- son impact "rhétorique" sur l'adversaire, sa capacité de le persuader qu'il a perdu (ce qui est, après tout, le but de toute guerre : persuader l'autre de ne plus se battre), ou, pour le moins, diminuer sa combativité, 


- sa valeur positive à l'égard de son propre camp : soutenir et motiver ses troupes (éventuellement, recruter), conserver un soutien des politiques, des leaders d'opinion et de la population


- son effet sur les tiers : alliés, neutres, opinions et médias internationaux.


De la télévision dans les années 60, Mc Luhan disait qu'elle transportait le conflit dans le salon de chaque foyer, il faut désormais ajouter qu'elle dépend d'autres écrans - numériques des ordinateurs et téléphones portables - partout dans le monde. Là se joue l'image du conflit, la capacité  de convaincre l'opinion internationale qu'une guerre est ou non finie et une zone pacifiée.


De point de vue, les réseaux sociaux présentent des avantages (en dépit de leurs risques en termes de sécurité : fuite d'informations confidentielles, ou éventuelles gaffes reprises par la presse) :


- ils sont rapides, réactifs,


-ils touchent un public et une génération qui intéressent particulièrement les militaires,


- ils touchent l'opinion au-delà des frontières


- ils aident une communauté à se renforcer (qu'il s'agisse de la communauté militaire ou des relations entre les soldats et la famille ou le pays)


- ils sont utiles pour détecter des signaux faibles annonciateurs de crise (et notamment de crise de réputation), mais aussi pour savoir ce quelle est l'opinion émergente chez les autres (en l'occurrence les adversaires, les civils, les neutres, les alliés...)


- ils sont aussi l'endroit idéal pour trouver des alliés en termes de communication (c'est le principe qu'appliquent les community managers pour les entreprises : laissons aux gens qui aiment notre "marque" toutes les occasions de se rencontrer et de s'exprimer.


Dernier exemple de cette nouvelle stratégie rapporté par Wired : le Socom (Special Operation Command) :  l'idée de créer un média social fonctionnant à la voix et qui permettrait aux soldats en opération de mener des "Military Information Support Operations" (opérations militaires de soutien par l'opération qui est une façon polie de dire psyops ou  guerre psychologique).


Le bon vieux haut-parleur destiné au type d'en face ("Rendez vous, vous serez bien traités et votre lutte est désespérée") vient de trouver sa version "2.0"


@huyghefb



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