huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Transmission et communication : la médiologie > Médiologie au présent
Réseaux 2
Des relations personnelles au média

Un réseau, avons nous dit, est une structure relationnelle formée de liens entre des "nœuds". Ceci vaut qu'il s'agisse de trains, d'électricité, de messages, de services, d'argent.
Ces "nœuds " peuvent être des acteurs échangeant ou faisant circuler un flux, des dispositifs, des gens...

Quant à "réseau social", l'expression s'est d'abord référée de façon large à des communautés d'individus ou de groupes pratiquant certaines interactions avec une certaine constance. En ce sens, chacun d'entre nous possède un réseau social : tous ceux à qui il peut s'adresser dans le cadre d'un rapport affectif, utilitaire, ludique, pour en recevoir ou lui donner des informations et des "services" (par exemple le fameux carnet d'adresse et ses "relations" dont on peut raisonnablement attendre qu'ils nous apportent une aide, un conseil, un soutien affectif ou une simple conversation et un peu de temps…).

Tous ces réseaux étant à un degré ou à un autre interconnectés, dès les années 60, une théorie célèbre affirmait que nous sommes tous à six "liens" de distance les uns des autres. Un chiffre moyen qui est tombé à 4,74, d'un bout de la planète à l'autre, justement grâce aux réseaux. En d'autres termes, les "chemins" qui mènent de tout individu à tout autre via des intermédiaires sont relativement courts.

Rapport et support

Le sens du terme a évolué de façon significative.

Pendant longtemps, l'expression qui frisait le pléonasme (car comment un réseau humain de plus de deux personnes ne serait-il pas "social" ?) a désigné l'ensemble des rapports d'un individu et de ceux avec qui il entretient des relations plus ou moins suivies : familles, amis, relations, correspondants, collègues,...

Sous l'effet de la mondialisation et des technologies de l'information et de la communication, les dernières années ont été marquées par une extension des réseaux de toutes sortes. Manuel Castells dans un ouvrage devenu un classique caractérise notre modernité comme celle de la "société en réseaux".

Désormais, ceux qui parlent de "réseaux sociaux" ou d'être "sur" les réseaux (et peu d'entre nous, s’ils ont moins d'un certain âge, ne se sont jamais inscrits sur aucun) songent immédiatement à Youtube, Facebook, Twitter, Linkedin, Viadeo, Flickr, Delicious et des dizaines d'autres marques ou plate-formes.

Les réseaux dans ce nouveau sens sont l'ensemble de relations qui naissent par l'emploi des médias "tous vers tous", voués à une “conversation" avec de multiples destinataires, par contraste avec la logique "un vers un" des moyens de communication privés ou le "un vers tous" des médias de masse qui multiplient les mêmes messages pour des audiences vastes et dispersées.

De fait, on "appartient" à un réseau social, avec une intensité très variable ; elle va de la simple acceptation distraite d'une invitation sous pseudonyme que l'on oubliera cinq minutes après, jusqu'à la passion addiction qui va dévorer des heures par jour.

Retenons que les réseaux sociaux nous procurent moyennant un engagement (a minima s'inscrire et cliquer sur une case) et à travers des médiations techniques (comme une plate-forme) la possibilité d'échanger à distance.

Cela suppose :

- des dispositifs techniques (un certain logiciel, une adresse Internet, des ordinateurs, des canaux, des budgets, des moyens de commutation),
- des règles (il faut disposer d'un login et d'un code, apprendre des procédures ou des usages, voire des normes : parfois il est interdit de donner une fausse identité ou de répandre certains messages)
- des gens. Ces derniers participent sur une base déclarative et entrent à un degré ou à un autre dans ce système d'échange en fonction d'intérêts et de besoins. Ils attendent quelque chose : un écho à leurs opinions ou à leurs révélations, des aides ou conseils, le plaisir de la convivialité même numérique avec des gens qui partagent un intérêt, peut-être un soutien affectif et ce que l'on nommerait aujourd'hui du "lien social". En retour, ils donnent quelque chose : des avis, des idées, des adresses, des contenus texte ou image, des recommandations. Ou, tout simplement, ils donnent leur profil, une ouverture sur ce qu’ils sont, donc des données qui peuvent avoir une valeur commerciale ou stratégique (ne serait-ce que traitées statistiquement).

Si les technologies dites 2.0 derrière l'éclosion des réseaux sociaux ne représentent pas d'innovations bouleversantes par rapport à l'époque où existaient déjà des pages personnelles, des sites de stockage partagés ou des messageries et forums, etc., l'explosion des usages des réseaux est, elle, extraordinaire, ne serait-ce que par son ampleur et sa soudaineté.


Quelle diversité ?

L'idée de "réseaux sociaux" recouvre en réalité une pluralité d'usages :

- partage de contenus plus ou moins spectaculaires destinés à attirer un vaste public (vidéos sur YouTube, par exemple) et à le commenter,
- blogs permettant l'émergence de porte-paroles, de vedettes ou recueil de sources appréciées par un public concerné et expert, espace de présentation de soi, de ses passions, de ses amis,...,
- espace personnel (construction et ouverture de son intimité) ou professionnel, communautés plus ou moins ouvertes suivant des critères propres
- plate-formes de micro-blogging : elles-mêmes peuvent servir aussi bien à signaler et discuter des sources documentaires rares à des connaisseurs qu'à relater de façon narcissique les plus menus incidents d'une vie banale…
- espaces voués à un travail collaboratif de documentation, écriture ou création
- simple maintien d'un lien affectif (militaires en opération et leur famille par exemple).

Proclamation, e-journalisme, marketing, veille, dialogue de connaisseurs, entretien d'une convivialité ou d'une complicité, présentation de soi ou de sa société, dialogue avec des usagers, propagation de modes, journal intime, affirmation symbolique d'une croyance ou simple fonction phatique (s'assurer que l'on est toujours en contact avec des interlocuteurs)...

Le statut privé ou public, les contenus, le degré de technicité ou d'ouverture, les fonctions de coopération ou de partage, le caractère sélectif, la richesse des apports possibles, le but recherché - de la quête d'informations pointues ou du travail d'intelligence collective, comme les encyclopédies collaboratives, jusqu'à l'entretien d'une socialité gratifiante pour l'ego -, tout varie donc considérablement suivant le réseau.

Sans oublier ce dernier facteur : le réseau devient ce qu'en font ses usagers. Facebook fait pour l'élite de l'élite des universités américaines vogue allègrement pour son milliardième inscrit. Mais Facebook utilisé d'abord pour raconter les choses les plus banales du monde (sorties, souvenirs de copains, goûts en matière de marques..) peut devenir un instrument politique

à suivre


 Imprimer cette page